JEAN PROUVÉ A VIVRE

Aménagements intérieurs du Pavillon 6x9 et du Bungalow du Cameroun

« Restaurer un édifice n’est pas seulement l’entretenir, le réparer, le repeindre (…) Le meilleur moyen de le préserver c’est de lui trouver un emploi. »
Eugène Viollet-le-Duc

 

IMPORTANT :  Ces travaux d’aménagements intérieurs ne seront pas terminés durant l’exposition estivale. Les visiteurs pourront donc en suivre la réalisation étalée jusqu’au début 2020.

Les étudiants en architecture, architectes et autres amateurs qui en feront la demande pourront revenir sur le chantier hors des dates de visite estivales. Ces aménagements intérieurs seront également documentés dans le détail sur les sites www.friche-escalette.com et www.galerie54.com

 

Outre les travaux effectués sur le site, la petite équipe de la Friche de l’Escalette anime sur place toute l’année un atelier de restauration consistant à redonner une utilité à ces architectures de collection qui sont généralement délaissées après leur exposition.

Pavillon 6×9 et Bungalow du Cameroun, déjà exposés en 2018, sont en cours d’aménagement en habitations de loisir selon les critères de confort actuel et utilisant les énergies renouvelables.

 

PAVILLON DE LORRAINE 6 X 9

JEAN PROUVÉ, FABRICATION ATELIERS JEAN PROUVÉ, MAXÉVILLE, 1944-1945

Hauteur au faîtage 2,90 m.
Encombrement au sol 6 x 9 m.

Modèle de maison commandé à la Libération aux Ateliers Jean Prouvé, par Raoul Dautry, ministre de la reconstruction, pour reloger les habitants de la Lorraine sinistrés par les bombardements. Réalisés à quelques centaines d’exemplaires, en plusieurs formats, dont une vingtaine a survécu.

« Il faut des maisons usinées.

(…) Les maisons préfabriquées, c’est le grand dada actuel. Pourquoi usinée ? Parce qu’il s’agit plus seulement de fabriquer un ou plusieurs petits éléments d’une maison destinée à être assemblée, mais que tous les éléments correspondent à ceux d’une machine que l’on monte entièrement mécaniquement, sans qu’il soit nécessaire de fabriquer quoi que ce soit sur le chantier. Les matières qui constituent les éléments peuvent être extrêmement variées, aller du bois à l’acier (…) J’étais assez partisan de la construction mixte; on obtient par l’acier la précision, une certaine solidité, de la rigidité, et le bois entre dans la construction comme pellicule de la maison (…) Il faut montrer au public que la maison usinée est une maison confortable, et vaincre la routine ».

Jean Prouvé, il faut des maisons usinées, 1946

Système modulaire préfabriqué livré en kit sur le lieu de montage, comprenant :

La structure porteuse en tôle d’acier pliée

Deux portiques axiaux supportent la poutre faîtière divisée en trois parties.
Les pannes reposent sur la poutre faîtière et sur la poutre sablière en périphérie.

Des montants verticaux, intercalés entre les panneaux de mur, viennent soutenir la poutre sablière.
L’ensemble en tôle d’acier pliée, laquée vert pour les portiques et métallisé pour la poutre faîtière et les pannes. L’intégralité des parties métalliques est originale.

Un espace circulaire est aménagé au centre de chacun des deux portiques permettant d’y insérer un tuyau de poêle.

L’enveloppe

Des panneaux standardisés à double paroi, en lattes de sapin clouées sur bâti, constituent le plafond et les murs.

Le plancher est constitué de larges planches de sapin peintes remplaçant le plancher d’origine trop endommagé.
La toiture en tôle ondulée a été remplacée au modèle.

AMÉNAGEMENTS EN COURS

L’installation (réalisée) de six panneaux de façade vitrés apportent un meilleur éclairage dans la maison et une touche contemporaine intéressante.
Les panneaux en bois d’origine sont bien entendu conservés pour un remontage à l’identique.
Une isolation intérieure performante des panneaux de murs et de plafond sera mise en place.

Un écran constitué de façades de placards “Brazza” de Prouvé/Perriand doublera le mur du fond sur toute sa longueur dissimulant un espace de 9 x 1 mètre, abritant quatre modules à usage de placard, salle de bain, toilettes, cuisine.

L’alimentation électrique et en eau chaude sera effectuée par panneau solaire, chauffe-eau solaire et éolienne, avec possibilité de raccordement au réseau existant.

 

HABITAT TROPICAL EN ZONE HUMIDE
BUNGALOW DU CAMEROUN
MODÈLE STANDARD À MODULE SIMPLE
JEAN PROUVÉ & ATELIER D’ARCHITECTURE LWD, 1958-1964

Périphérie cellule habitation délimitée par les quatre poteaux porteurs 8,75 x 8,75 m. Périphérie terrasse 13,41 x 12,85 m.
Hauteur sous faux plafond cellule habitation 2,93 m.
Hauteur au faîtage 3,61 m.

Les façades en aluminium de Jean Prouvé – habillant le prototype comme les modèles standards – constituent le « morceau de bravoure » de ces structures et leur confèrent une esthétique extraordinaire, tant vues de l’extérieur que de l’intérieur.

Jean Prouvé conçoit en 1958 un prototype unique d’Habitat Tropical en zone humide, à charpente métallique, réalisé par les Constructions Jean Prouvé et par la société Travaux d’Afrique. C’est ce prototype qui a été exposé en 2016 Friche de l’Escalette.

Il est le fruit de la collaboration entre Jean Prouvé, ingénieur conseil, et l’Atelier d’architecture LWD (Lagneau, Weill & Dimitrijevic) et concrétise les recherches prospectives d’un système d’habitat industrialisé pour les pays tropicaux et en particulier pour l’Afrique Noire.

À la différence des Maisons Tropicales de Jean Prouvé (1949-1950), le procédé étudié ici ne visait pas l’industrialisation complète de la construction, mais la production en série de trois éléments métalliques standards, associés au bois et au ciment produits localement.

Ces éléments standards consistent en un bac de toiture et une onde de façade en aluminium ainsi qu’un poteau porteur en tôle d’acier.

Il s’agissait de créer les conditions d’une synthèse des techniques artisanales et modernes.

La recherche de la mise en valeur des ressources naturelles du Cameroun a orienté les architectes.

vers l’utilisation du bois tropical de diverses essences (okan, sapelli, sipo) – largement utilisé pour les modèles de série – et de l’aluminium, dont le Cameroun est toujours un important producteur grâce à l’usine Alucam, ancienne filiale de Péchiney-Aluminium Français située à Edéa, fournisseur des bacs de toiture.

Après simplification du prototype et abandon de la charpente métallique trop onéreuse au profit d’une charpente en bois de fabrication locale, ces recherches aboutiront en 1964 à la réalisation d’un programme de classes et logements d’instituteurs, lancé au Cameroun sur concours international du fonds européen.

 

C’est l’un de ces rares bungalows d’habitation pour instituteur, à module simple – car il existe également des bâtiments à deux modules – rescapé de la destruction par les termites, le climat et le manque d’entretien… que nous exposons Friche de l’Escalette.

La structure porteuse

La structure est constituée de quatre poteaux tubulaires de section carrée en tôle d’acier pliée, laqués bleu – plus bas et trapus que ceux du prototype – qui supportent deux fermes latérales sur lesquelles reposent huit pannes. L’intégralité de la charpente est en bois tropical.

Ces quatre poteaux forment une trame modulaire de 8,75 x 8,75 m permettant l’assemblage de deux modules pour famille nombreuse, et allant jusqu’à cinq modules assemblés pour les bâtiments scolaires.

In situ les quatre poteaux porteurs étaient boulonnés sur des massifs en béton disposés autour de la chape en béton délimitant la surface intérieure de l’habitation.

Ces fondations en béton ont été remplacées par une structure métallique démontable reposant sur des plots métalliques, simplement posés sur le sol et boulonnés à la structure.

Un plancher en okan habille la base en métal largement débordante, constituant une terrasse sur les quatre côtés du bâtiment.

Ce bâtiment est donc dépourvu de fondations mais parfaitement stable et à même de résister aux intempéries et phénomènes naturels les plus violents grâce à la rigidité et au poids élevé de sa base métallique monobloc.

Le toit parapluie-parasol

Le parti adopté propose une toiture en bac aluminium, généreusement dimensionnée, constituant un parapluie-parasol dont la structure et la stabilité sont indépendantes de la cellule d’habitation qu’elle abrite.

Le large débord de la toiture met à l’ombre du soleil et à l’abri de la pluie la cellule d’habitation.

La protection thermique est assurée d’une part, par la ventilation permanente de l’espace libre entre le parapluie-parasol et le faux plafond de la cellule d’habitation, et d’autre part, par la ventilation transversale apportée par les panneaux coulissants à ondes perforées.

Les ondes de façade en aluminium

Façades avant et arrière sont identiques.

Chaque façade comprend deux panneaux centraux coulissants sur tringle en bois en partie haute et tringle métallique tubulaire en partie basse, faisant office de portes, encadrés par deux panneaux fixes.

Un panneau se compose de deux montants latéraux rainurés, dans lesquels viennent s’insérer sept grandes ondes horizontales en tôle d’aluminium nervurée (contre huit ondes sur le prototype).

Ces ondes, conçues spécialement par Jean Prouvé, sont perforées en partie inférieure pour assurer un éclairage diffus et une ventilation permanente.

Deux panneaux verticaux, à lattes de bois et lames de verre orientables encadrent le module.

Le nombre et la répartition des panneaux de façade change en fonction de l’utilisation du bâtiment en logement ou en salle de classe et selon les modèles à simple ou double modules.

RESTAURATIONS ET AMÉNAGEMENTS EN COURS

Les murs latéraux en parpaings du montage d’origine in situ ont été remplacés par un bardage en larges planches de bois tropical peint en noir mat respectant au plus près l’aspect original. Une porte coulissante a été aménagée sur la façade gauche.

Les parties défectueuses de la charpente ont été remplacées à l’identique dans une proportion de 30 % environ. L’intégralité du bâtiment a été traitée contre les insectes xylophages.

Une large véranda occupant toute la largeur de l’avant de la maison, délimitée par les ondes de façade en aluminium et par les cloisons de la pièce d’habitation, permettra de faire la sieste ou de prendre ses repas en extérieur abrité du soleil. Une véranda étroite en façade arrière abritera matériel de sport et de loisir, vélos, séchoir à serviettes de bain …

Quatre modules en contreplaqué vernis marine équipés de façades de placards “Brazza” de Prouvé/Perriand, à usage de placard, salle de bain, toilettes, cuisine seront disposés aux quatre angles de la pièce à vivre.

L’alimentation électrique et en eau chaude sera effectuée par panneau solaire, chauffe-eau solaire et éolienne, avec possibilité de raccordement au réseau existant.

 

Vue 3D du coin salon encadré à gauche par le module cuisine et à droite par le module toilettes.
L’on remarque la porte coulissante de la façade latérale gauche et la véranda en façade avant, ouvrant sur la chambre par des portes vitrées à galandage.

Vue 3D du coin chambre à coucher encadré à droite par le module placard/penderie et à gauche par le module salle de bain.

précédent
suivant
suivant

expositionJEAN PROUVÉ A VIVRE